L’Iran en ébullition, les Français sur place en alerte

L’Iran en ébullition, les Français sur place en alerte

En ce début d’année 2026, l’Iran traverse une crise politique, sociale et économique sans précédent depuis des décennies. Depuis fin décembre 2025, le pays est secoué par une vague de manifestations massives, parties du bazar de Téhéran avant de s’étendre à une cinquantaine de villes et 25 des 31 provinces du pays. Ces mobilisations, initialement déclenchées par l’effondrement du rial, une inflation galopante (plus de 40 % selon le FMI) et la crise des services essentiels, se sont rapidement transformées en un rejet global du régime islamique, avec des appels explicites à un changement politique.

Selon les estimations, entre 500 et 1 000 Français résideraient actuellement en Iran, principalement des binationaux ou des expatriés discrets. Leur sécurité est une préoccupation majeure pour les autorités françaises, d’autant que la répression des manifestations a déjà fait plus de 190 morts en deux semaines, selon les ONG.

Crise économique, répression et risque d’effondrement

L’Iran subit une crise économique majeure : le rial a atteint un niveau historiquement bas (1,5 million pour un dollar), l’inflation dépasse 40 %, et le PIB devrait se contracter de 2,8 % en 2026. Les sanctions internationales, réactivées en 2025, asphyxient l’économie, tandis que la corruption et la mauvaise gestion des ressources (eau, énergie) aggravent le quotidien des Iraniens.

Depuis le début du mois, les Iraniens manifestent sans relâche exprimant une détermination peu commune. Mais les forces de sécurité iraniennes ont réagi avec une extrême violence : usage de balles réelles, gaz lacrymogènes, canons à eau, et coupures massives d’Internet pour étouffer la contestation. Au moins 192 manifestants ont été tués en deux semaines, et des centaines de blessés. Les grèves générales, notamment dans les bazars, paralysent l’économie et fragilisent un peu plus le régime.

Cependant, le Guide suprême Ali Khamenei et le président Massoud Pezeshkian tentent de sauver les apparences, reconnaissant la légitimité des revendications économiques tout en qualifiant les manifestants de « mercenaires » et d’« émeutiers ». Mais, des rumeurs persistent sur un possible plan d’évasion de Khamenei vers la Russie en cas de basculement du pouvoir.

Selon les analystes 3 scénarios se dégagent pour ces prochains jours :

  • Un effondrement du régime depuis l’intérieur, si les forces de sécurité font défection.
  • Une intervention étrangère, notamment américaine, en cas de répression massive.
  • Un statu quo répressif, avec un régime qui se maintient par la force, mais affaibli et isolé.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 20 octobre 2025 à Téhéran
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 20 octobre 2025 à Téhéran © KHAMENEI.IR

USA, Russie et Chine en première ligne

Côté international, si les puissances de ce monde ont fait la sourde oreille aux cris des manifestants pendant les premiers jours de cette année 2026, il n’est désormais plus possible de les ignorer.

Ainsi, Donald Trump a multiplié les mises en garde, menaçant de « frapper très fort » l’Iran en cas de répression sanglante. Les États-Unis soutiennent ouvertement les manifestants, saluant leur « courage » et leur « détermination à mettre fin à l’oppression ». Cette posture s’inscrit dans une stratégie plus large de pression sur Téhéran, après le retrait de l’accord nucléaire en 2018 et les frappes américaines de 2025.

Du côté de Moscou, les autorités réaffirment leur soutien à Téhéran, et maintiennent des relations économiques et militaires étroites (livraisons de drones, contournement des sanctions). Cependant, certains analystes estiment que la Russie pourrait abandonner l’Iran si un cessez-le-feu était conclu en Ukraine, ou si le régime iranien s’effondrait.

Enfin à Pékin, premier acheteur de pétrole iranien, le PX appelle à une « approche mesurée et diplomatique », craignant une escalade au Moyen-Orient. La Chine minimise ses liens avec l’Iran pour éviter les sanctions secondaires, mais reste un partenaire clé pour Téhéran, notamment via des mécanismes de contournement des sanctions.

Réaction française et consignes de l’ambassade

La France a exprimé sa « préoccupation » face à la répression des manifestations et appelé au respect des droits humains. Paris déplore la reprise des affrontements et soutient les efforts diplomatiques pour éviter une escalade régionale.

Sur place, alors que les élus consulaires, pour des raisons évidentes, sont contraints au silence, l’ambassade de France en Iran a publié des consignes strictes pour nos compatriotes sur place :

En effet, en cas d’arrestation, l’ambassade signale que les visites consulaires sont rares et aléatoires, et que les contacts avec les détenus ou leurs familles sont très limités.
Les Français sont donc invités à la plus grande prudence, voire à quitter le pays si possible.

Un pays au bord du gouffre

L’Iran de janvier 2026 est à un tournant historique. La crise économique, la répression sanglante et la mobilisation sans précédent de la population pourraient précipiter la chute du régime islamique. Les Français sur place, bien que peu nombreux, doivent redoubler de vigilance et suivre scrupuleusement les consignes de l’ambassade.

La communauté internationale, divisée entre soutien aux manifestants (USA) et prudence diplomatique (Chine, Russie), observe avec attention l’évolution de la situation. Pour la France, l’enjeu est double : protéger ses ressortissants et peser dans la recherche d’une issue pacifique à la crise.

Auteur/Autrice

  • Samir Kahred a suivi ses parents dont le père était ingénieur dans une succursale du groupe Bouygues. Après une scolarité au Lycée français et des études au Caire, il devient journaliste pour des médias locaux et correspond pour lesfrancais.press

    Voir toutes les publications
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire